James Chance & les Contortions + X Ray Pop

  • Diskö pünk / Electrö növö pöp
  • Le Club
  • Production : TP

JAMES CHANCE & LES CONTORTIONS (NY, USA)

Evidemment, si on vous dit que James Chance est une légende, les trois quarts d'entre vous nous diront que la notion de légende est souvent galvaudée dans ce fascicule. Les vraies légendes s'appellent Elvis ou Mick Jagger, et James Chance n'a jamais joué au Stade de France. Sauf que, si on met bout à bout les fulgurances biographiques du génial saxophoniste New-Yorkais qui fêtera ses 60 ans le 20 avril, alors oui, James Chance est une légende. Une légende vivante même. Plongeons directement au début de l'histoire : ça se passait à New York en 1978, le jeune James vient de mettre un terme à Teenage Jesus & The Jerks, son groupe avec Lydia Lunch qui fut la pierre angulaire du court mais essentiel mouvement NO WAVE (voir fiche page 47), et plonge dans le disco, passant sans transition de la punk-noise la plus rêche au groove le plus infernal. James Chance vient ni plus ni moins d'inventer le croisement le plus génial de ces trente dernières années, à savoir le DISCO PUNK, ou PUNK FUNK selon l'angle d'écoute : l'idée d'une section rythmique basse-batterie disco et d'un chanteur saxophoniste aussi punk que free-jazz, non seulement c'était nouveau à l'époque, mais aujourd'hui encore ce mélange reste le moyen le plus efficace pour faire danser les rockeurs (Franz Ferdinand et LCD Soundsystem ont bien compris le potentiel festif énorme du disco joué par des punks). Et pour ses 60 ans, James Chance sort un nouvel album qui fait la part belle à son énergie funky ET jazz ET punk, ce qui n'est pas pour nous déplaire car c'est bel et bien sur scène que ce sosie de Prince par la taille arrive à nous faire douter du fait que le temps de vol d'un être humain qui saute en l'air est généralement de moins d'une seconde. Vous voulez en savoir plus ? (FL)

X-RAY POP (Tours, FR.)

Tours a été, au mitan des 80's, un jardin secret au fertile terreau dont les semis ont germé en belles fleurs, longues lianes, mauvaises herbes et plantes vénéneuses. Un petit jardin rock et underground parsemé de jeunes gens modernes qui courraient les disquaires anglais pour remplir des bacs tourangeaux, diffuser sur la FM, gribouiller des fanzines, et monter des groupes de rock, de punk, de pop (anglaise). Un petit monde aux contours flous aujourd'hui (internet n'existait pas et les témoignages sont rares), qui voulait en découdre avec Jean Royer et potassait Actuel et Rock & Folk en rêvant d'ailleurs - de Paris par exemple. Beaucoup sont partis, mais Doc Pilot est revenu, chamboulé par ses études passées à la capitale en 77, année punk : DEVO avait remplacé Bowie côté idole, et un diplôme de biochimie sous le bras, il était temps de jouer avec les mutations génétiques. Son premier groupe, PP Növö – et son Korg 770 nettoyé il y a peu - allait se vacciner du punk en respirant les vapeurs toxiques qui sortaient des disques de DEVO, et BOCAL 5 (1981-1986), son deuxième groupe d'extra-terrestres, allait conceptualiser encore plus le futur "növö" déjà pas mal raconté par Yves Adrien - une des idoles de Doc Pilot. X-RAY POP arriva en 84, à un moment où tout devenait possible, quand des tonnes de musiciens de chambre découvraient les joies du home studio (à savoir un synthé, un enregistreur 4 pistes et un micro) et que la pop commençait à s'émanciper des guitares. On retrouvera des titres du duo dans des compilations underground du monde entier, et "El Gato" sera même single de la semaine dans le Melody Maker, et single du mois dans le NME. 50 projets plus tard, Doc Pilot réactive X-RAY POP, en 97, sort cinq albums chez East West et co-signe des titres avec ses idoles de jeunesse, Françoise Hardy, Jacno, Charlélie Couture, Robert Wyatt, John Cale, Boris Bergmann, Yves Simon, Pascal Comelade, Theo Hakola, Patrick Eudeline, Yves Adrien, Ariel Wizman, Philippe Laurent, Jean-Pierre Kalfon, Richard Pinhas, Etienne Charry... une liste infernale de gens complètement géniaux qui ne suffiront pas à faire sortir Doc Pilot de son statut de personnage culte ultra underground : inconnu en France, X-RAY POP est souvent cité par les Beastie Boys comme une influence majeure (véridique), et Andy Votel s'apprête à rééditer les premiers disques sur son prestigieux label Finders Keepers, et probablement des nouveaux aussi, dans le monde entier. Passeur passionné de tout ce que produit la Touraine en terme de culture de haute volée depuis maintenant 30 ans, Doc Pilot a la passion intacte du gamin qui a le coeur qui bat en voyant une pochette de disque, en rentrant dans une salle de concerts ou tournant un bouton de son Korg 770. La plus flamboyante des anomalies génétiques de Tours nous promet pour ce concert "come back" un "propos électronique, rythmique et énergique ne reniant pas les influences de The Residents, Sonic Youth, Tin Machine et Brian Eno dans ses travaux les plus extrêmes. A chacun ses années 80 : celles-ci ne sont pas pour les amateurs de la variet’ d’alors, mais pour les petits agités du Bocal". On lui fait confiance.  (FL)

No Wave / New York City JAMES CHANCE & LES CONTORTIONS
X-RAY POP