Disappears + Nisennenmondai

  • Wave Garage / Noise
  • Le Club
  • Production : TP

DISAPPEARS (Chicago, USA)

On entend encore souvent dire que le Temps Machine est une salle « electro », et on ne comprend vraiment pas pourquoi : ce style de musique ne représente qu’un quart de la programmation depuis l’ouverture. Pas qu’on n’aime pas l’electro, loin de là : il se trouve juste que, selon moi, l’excitation se situe beaucoup plus dans le rock fouineur et singulier que dans l’electro aujourd’hui, et que les propositions sur scène sont souvent plus intenses chez les groupes que chez les Djs (pour toute réclamation sur cette introduction, envoyez un mail à fred@letempsmachine.com). C’est même pour cette raison qu’on fait revenir deux des groupes emblématiques de la première saison du TM : Nisennenmondai et Disappears, dont la radicalité et la puissance sur scène ne nous ont pas laissé indemnes. Disappears est un groupe de Chicago qu’on avait découvert lors de la sortie de deux immenses albums quasi simultanément, « Lux » et « Guider » puis « Pre Language » et « Era », en 2012 et 2013, sur le label Kranky. Un groupe et quatre albums auxquels on a envie de coller plein d’adjectifs, mais pourtant c’est par le « less is more » que Disappears fait tourner son moteur. Pas de superflu, le strict minimum. Directement à l’essentiel, impact maximal. Et si la présence de Steve Shelley de Sonic Youth à la batterie sur les trois premiers disques était un argument de choix pour la presentation du groupe, son absence sur ce magnifique nouvel album est pour le coup complètement anecdotique. Minimal et maximal, Disappears continue son déchiffrage des écrits saints des apôtres Neu !, Suicide, Velvet Underground et Spacemen 3 pour percer les derniers secrets sacrés du rock, avec une classe qui annule tout procès de pastiche ou de mauvaise nostalgie. Motifs répétitifs étirés jusqu’à l’extase, énergie brute et violence retenue, Disappears brûle le rock au chalumeau et sculpte des dentelles de rasoirs.

Pour les fans de kraut-garage-psyché, de Spectrum, de Spacemen 3, du Velvet, de Loop, de Total Control, de Jesus & Mary Chain, de Beak. (FL)


NISENENMONDAI (Tokyo, JP.)

C’est souvent pour les extrêmes que l’on aime la musique qui nous arrive du Japon, cette île où l’on s’amuse à concentrer sur disque toute l’histoire de la musique mondiale. Nisennenmondai conjugue cet extrême à la transe, et à la danse : plein de mots arrivent dans le désordre quand on pense à ces trois jeunes femmes explosives qui, pour résumer, ont pris la suite de CAN après le passage de Sonic Youth et de la techno de Detroit : feedbacks, rythmes binaires, drones, loops, noise et puissance de feu tout en retenue sur scène, là où la magie opère avec folie, quand leurs disques, enregistrés à la va vite, perdent en chemin cette hypnose qu’on ne peut vraiment ressentir qu’en les voyant «en vrai». Si elles fêteront cette année leurs 15 ans d’existence (« Nisennenmondai » veut toujours dire « bug de l’an 2000 » ceci dit), rien dans leurs dernières prestations live n’a montré chez elles une quelconque marque de fatigue : toujours au plus près de l’essence de la transe, leur pouvoir de suggestion, mûri durant toute ces années, offre aujourd’hui à entendre un dragon caché derrière la porte, près à la réduire en cendre. L’attente d’un coup de caisse claire, d’un changement de note de basse ou d’une explosion de guitare n’aura jamais été si intense. En quinze ans, leur noise tellurique s’est peu à peu muée en puissant disco-noise-minimal (il est bel et bien question de ça) pour aujourd’hui s’alléger de tout superflu ; le charley métronomique est absolument infernal, la basse aussi groovy que minimale et les nappes atonales sans fin de guitare suffisent aujourd’hui a évoquer l’éruption imminente d’un volcan au milieu d’un jardin zen.

Pour les fans de techno, de disco, de punk, de noise, de danse et de voyage psychédélique. (FL)

raut / Transe / NeU! / The Fall / Echoes / Kranky / Cold / Hot / Hypnose / Fuzz / Extase DISAPPEARS
Girl trio / Minimal Disco Noise / Groove / Explosion / Fureur / Zen NISENNENMONDAI